Origine des échasses - Usages et fonctions

Publié le par Echasse


Il ne semble pas y avoir une origine particulière à l'utilisation des échasses, ni de filiations historiques d'un pays à l'autre, mais plutôt des apparitions simultanées à différents endroits du globe. Dans de nombreux pays elles sont issues d'une longue tradition - bien qu'il soit en général difficile de dater les premières utilisations. Certains écrits parlent du 14è siècle en Europe, du 18 et 19è siècle en Afrique…bien qu'elles devaient exister avant, au moins sous des formes dérivées. En effet, en Grèce et dans la Rome antique, il existait des chaussures à haute semelle utilisées par les comédiens lors des représentations théâtrales. Le but était de grandir l'interprète afin qu'il puisse être mieux vu du haut de l'amphithéâtre.

 

           Les origines des échasses sont donc propres à chaque pays. Voici les liens vers les pages concernées : France (danse traditionnelle et théâtre de rue), Togo (livre en cours d'écriture), Bénin, Cameroun, Guinée, Equateur, Chine, Iles Marquises... et d'autres pays encore...


Au-delà de la question de l'origine, j'ai répertorié différentes fonctions dans la manière d'utiliser les échasses - au cours de plusieurs voyages à travers le monde. Cette classification n'est pas restrictive, elle permet juste une approche de la diversité des pratiques.

 

Le jeu

Ce sont souvent des jeux d'enfants, que l'on retrouve dans plusieurs pays : à certains endroits de la cordillère des Andes en Amérique du Sud mais aussi au Japon, au Maroc ou en France. Ces jeux peuvent être de simples prouesses d'équilibre mais aussi des courses ou des "affrontements". La hauteur est en général peu élevée – quelques dizaines de centimètres au-dessus du sol, et le montant est assez long pour permettre une prise avec les mains. Ce type d'échasses tend à disparaître, malgré l'effort fait par certains pour les réintroduire, notamment dans le milieu scolaire.

A la frontière du jeu et du sport, les échasseurs namurois (Belgique) pratiquent des joutes dans lesquels 2 équipes s'affrontent, le but étant de faire tomber l'adversaire en utilisant les épaules et les échasses. Ces joutes sont pratiquées par les adultes qui contribuent à perpétuer une tradition qui remonterait au 14ème siècle.

 

L'instrument de travail

Si le but recherché est le même : faire une tâche qui nécessite de la hauteur, les travaux peuvent varier. On trouve ce type d'utilisation en France, par exemple avec les bergers landais. Apparue vraisemblablement vers le 18ème siècle, son utilisation a par la suite évoluer vers une technique de danse et de course. En changeant de fonction au cours du temps, elles permettent de valoriser un patrimoine culturel issu d'une tradition ; les échasses n'étant plus utilisées par les bergers de nos jours.

On la retrouve actuellement comme outil de travail pour la cueillette des fruits au Maroc, par exemple. Les plâtriers les utilisent également en France ou aux Etats Unis - ce qui évite les montées et descentes d'échelle, et laisse les mains libres. Dans ces derniers cas, l'échasse est fait d'un double montant sous le pied, elle offre alors une très bonne stabilité.

 

L'utilisation sportive et l'exploit sportif

Les cas ne semblent pas nombreux dans le monde, mais on trouve une utilisation sportive des échasses, notamment en France où il y a eu de nombreuses courses dans les années 1890. Ces courses se faisaient sur des distances qui allaient de 50 à 400 km !

A cette même époque, un des échassiers les plus remarquables (bien qu'il ne se soit pas distingué dans ces courses), est Sylvain Dornon. En 1891, il réalise Paris - Moscou en échasses.

Un autre exploit (sportif ?) est celui de la plus haute hauteur d'échasses – avec 12m36 entre le sol et le pied.

 

La technique acrobatique

A l'utilisation du trapèze, du mat ou du rouleau américain, on peut ajouter les échasses comme technique circassienne. Les échasses sont alors utilisées au sein d'un numéro qui demande plusieurs années de travail, et qui mérite, de fait, sa place au sein des "arts acrobatiques".

Si les échasses ne sont pas utilisées par tous les cirques, on les retrouve de manière assez fréquente aux Etats-Unis ou en Chine (cirques acrobatiques par excellence).

La troupe Kovgar (Médaille d'or au Cirque de Demain en 2002) est peut-être une des plus emblématiques représentantes de cette technique aujourd'hui – dont l'un des numéros est un triple saut périlleux sur une seule échasse.

 

Le masque et le costume

La plupart du temps, cette fonction est liée à une utilisation lors de danses ou en spectacles. Les échasses sont un moyen d'évoluer plus haut, et peuvent se substituer alors à une scène pour offrir des conditions de jeu intéressantes vis à vis du public qui est au sol. Cette utilisation est très répandue dans le monde grâce aux spectacles de nombreuses compagnies de théâtre de rue. L'une des plus connues en France est sans doute Friche Théâtre Urbain ; mais les traces sont nombreuses : de l'Asie à l'Amérique du Sud en passant naturellement par l'Europe.

Elles sont aussi un moyen de créer de nouveaux personnages par l'allongement des jambes (qui s'accompagne parfois également d'un allongement des bras : Darkrakou par Martin Boucherie en France, Antagon Theater Aktion en Allemagne ou les échassiers du film d'animation Dark Crystal…).

C'est dans ce type d'utilisation que l'échasse en tant qu'objet a le plus évolué. Si la majorité des troupes ou compagnies de rues ou de cirque les utilisent sous sa forme la plus classique (un tube droit placée sous l'axe du pied), on trouve également des échasses qui sont coudées (Tal'harn), d'autres qui utilisent l'effet ressort ou plus récemment la compression. Ce dernier type d'échasses - à air comprimé - permet une utilisation beaucoup plus acrobatique et sportive (compagnies 3 points de suspension, Malabar…).

 

Dans certains cas, l'utilisation de l'échasse comme costume peut avoir une valeur symbolique très forte. Un des cas les plus représentatifs est celui des Dogon au Mali, où elles font partie de la famille des maques et sont des objets rituels. A ce titre elles sont utilisées lors de cérémonies (cérémonies funéraires, Sigui…) où elles servent notamment d'intermédiaire entre le monde des vivants et le monde des morts. Lors d'une cérémonie funéraire, par exemple, le masque à échasses étant le plus haut, il est le mieux placé pour évacuer à jamais la mort. Pour les Dogon, les masques représentent l'ordre du monde. Il faut faire remarquer que loin d'être immuable, ce système s'adapte en fonction des échanges culturels. Ainsi on peut trouver des masques de policiers, de touristes ou d'ethnologues témoignant de la présence et de l'intégration de ces personnages dans ce système du monde. A l'inverse des éléments qui tombent en désuétude font disparaître les masques qui les représentent… Les échasses ne sont qu'un élément de ce système.

 

La technique de danse

Ce cas est intéressant car c'est sans doute sous cet aspect qu'il offre la plus grande diversité dans les origines ou les manières de danser. Certaines danses peuvent être rituelles, d'autres simplement lié à des occasions de faire la fête… Souvent elles ont une histoire sous-tendue par la culture populaire. On retrouve ces danses sur plusieurs continents : en Chine, en France, dans de nombreux pays d'Afrique, dans le Nord de l'Espagne (où les échassiers, telles des toupies, descendent une rue en pente en tournoyant sur eux-mêmes !)…

L'utilisation que certains en font en Chine est particulièrement originale. Les échassiers vont sauter sur un quadrillage tracé à l'aide de cordes au dessus du sol - ces sauts créant également un rythme musical qui les accompagne.

On trouve une utilisation dansée des échasses qui n'est pas issue d'une culture traditionnelle et populaire, dans le théâtre de rue en France. Bonheur Intérieur Brut est un des représentants de cette "tendance" qui lie échasses et danse contemporaine.

Les hauteurs d'évolution sont variables : de quelques dizaines de centimètres en Chine aux quelques 3-4 mètres du Togo…

 

Bien entendu, l'utilisation des échasses n'est pas assignée à une catégorie particulière. C'est le cas des Dogon au Mali où les masques à échasses sont à la fois un élément de costume et se pratiquent à travers la danse. De plus, dans le cadre de funérailles, elles ont également une fonction symbolique et une tâche particulière à accomplir dans le rite. On a donc ici une superposition de 3 à 4 fonctions différentes.

C'est également le cas au Togo où les échasses sont à la fois un élément de costume, une danse et un "affrontement" technique qui nous rapproche d'une utilisation sportive.

 

 

Extrait du livre "Tchébé".

 

 


Pour un aperçu global des échasses : wikipedia !


Publié dans origine

Commenter cet article